Tabagisme : bilan en demi-teinte pour les 20 ans de la loi Evin

, par  Delphine Delarue

Si la loi Evin a permis d’amorcer une véritable prise de conscience collective des méfaits du tabac et a contribué à réduire la consommation de cigarettes en France, les associations dénoncent aujourd’hui le désengagement de l’Etat en matière de prévention. Elles appellent à une remobilisation des pouvoirs publics.

« En vingt ans, la consommation de tabac a chuté, mais elle demeure à un niveau malheureusement très élevé et représente encore la première cause de mortalité évitable dans notre pays », rappelle le professeur Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT), chargé de veiller à l’application de la loi Evin adoptée le 10 janvier 1991. Cette loi pionnière, qui a servi d’exemple à de nombreux pays, est à l’origine de plusieurs avancées notables en matière de lutte contre le tabagisme, qu’il s’agisse d’interdiction de fumer dans les lieux publics, de mise en place de campagnes de prévention ou de suppression de toute publicité en faveur des produits du tabac. Un dispositif complété par la suite par des hausses répétées de la fiscalité, par l’interdiction de vente aux mineurs et, plus récemment, par la prohibition de la cigarette dans les bars-tabacs, les cafés, les restaurants ou les discothèques. « La loi Evin a accompagné les profonds changements d’image du tabac dans la société, estime l’Office français de lutte contre le tabagisme (OFT). [...] Elle a introduit la notion de tabagisme passif et la nécessité de protéger les non-fumeurs. » Selon l’OFT, après les campagnes de 2002 et 2003 et le premier plan cancer de Jacques Chirac la même année, le nombre de cigarettes vendues est passé de 82 à 54 milliards, le nombre de fumeurs dans les écoles et collèges parisiens a été divisé par deux et le nombre de fumeurs a diminué de 1,8 million.
Des chiffres encourageants, cependant tempérés par l’augmentation du tabagisme féminin. D’après les dernières données du Bulletin épidémiologique hebdomadaire en mai 2010, si le taux de mortalité par cancer du poumon chez les hommes de 35 à 44 ans a été divisé par deux en dix ans, il a été multiplié par quatre en quinze ans chez les femmes de la même tranche d’âge.

Une législation mal appliquée

Bien que le tabac soit aujourd’hui bien assimilé à une véritable drogue par l’opinion publique, de gros progrès restent à faire, notamment du côté de l’application de la législation. « Il existe toujours un problème avec les terrasses transformées en fumoirs et des corps de contrôle qui ne sont pas investis », dénonce l’auteur de la loi, Claude Evin, actuel président de l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France. De leur côté, les associations déplorent un désengagement radical de l’Etat : « Depuis trois ans, la politique de la France en matière de contrôle du tabagisme s’est totalement inversée », note l’OFT. Selon l’office, les dernières augmentations du prix du paquet de cigarettes de 6 % ne sont pas dissuasives pour les fumeurs. Elles permettent par contre aux cigarettiers et aux buralistes d’améliorer leurs revenus et à l’Etat d’augmenter les taxes qui lui reviennent. « Cet arbitrage qui sacrifie la santé au profit du budget porte malheureusement ses fruits », ajoute l’OFT. Ainsi, en 2009, le nombre de cigarettes vendues par rapport à l’année précédente a augmenté de 2,6 % et, en 2010, le nombre de fumeurs a augmenté de 1,9 %. Face à ces chiffres inquiétants, l’OFT et le CNCT demandent à ce que le vingtième anniversaire de la loi Evin soit l’occasion d’une nouvelle mobilisation et d’un changement d’orientation des pouvoirs publics en faveur de la santé des Français. Dans notre pays, 66 000 personnes meurent encore chaque année à cause du tabagisme.

Sources
- Communiqué « Vingt ans de loi Evin : des très hauts et des très bas »,
OFT, 6 janvier 2011
- Communiqué « Anniversaire de la loi Evin : une loi pionnière qui a évolué
et qui doit être renforcée pour réduire la consommation de tabac », CNCT, 10 janvier 2011
- Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Institut de veille sanitaire,
n° 19-20, 25 mai 2010.

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