Cellules cancéreuses : une activité accrue la nuit

, par  Isabelle Coston

C’est une découverte qui pourrait changer la façon de traiter certains cancers : les tumeurs malignes généreraient plus de cellules circulantes durant la nuit.

Les cellules cancéreuses se développeraient davantage pendant la nuit, c’est ce que révèle une étude suisse de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) menée sur le cancer du sein et publiée mercredi 22 juin dans la revue médicale Nature. Forts de cette observation, les chercheurs envisagent la possibilité d’adapter les traitements des malades.

La propagation des cellules cancéreuses favorisée pendant le sommeil

« Lorsque la personne dort, la tumeur se réveille », a indiqué Nicola Aceto, professeur d’oncologie moléculaire à l’EPFZ, qui a dirigé l’étude. Au cours de celle-ci, menée auprès de 30 patientes atteintes d’un cancer du sein, le professeur et son équipe se sont en effet aperçus que la tumeur générait plus de cellules circulantes (des cellules qui proviennent de la tumeur primaire et qui circulent dans le sang pour aller coloniser de nouveaux tissus) lorsque l’organisme était endormi. En réalisant des prises de sang entre 4 heures et 10 heures du matin, ils ont constaté que 78,3 % des cellules tumorales circulantes provenaient des prélèvements nocturnes. Ils ont découvert également que les cellules qui quittaient la tumeur durant la phase de sommeil se divisaient aussi plus rapidement par rapport à celles qui quittaient la tumeur pendant la journée.
Ces résultats étonnants ont été ensuite confirmés par des tests similaires effectués sur des souris. 87 à 99 % des cellules tumorales circulantes des rongeurs ont été détectées au cours des tests réalisés la nuit.

Le rôle des hormones

Ces recherches montrent que « la fuite des cellules cancéreuses circulantes de la tumeur d’origine est contrôlée par des hormones telles que la mélatonine, qui déterminent nos rythmes de jour et de nuit », souligne Zoi Diamantopoulou, auteur principal de l’étude et chercheuse postdoctorale à l’ETH Zurich.
Si cette découverte est attestée, elle pourrait dans l’avenir permettre aux médecins d’optimiser les traitements anticancéreux des malades. Quoi qu’il en soit, « il faudra d’abord mener d’autres études afin de démêler les liens complexes entre rythmes circadiens des humains et cancers », concluent les chercheurs.

Lutter contre la formation de métastases

Pionnier en matière de recherche sur le développement des métastases, Nicola Aceto étudie depuis plusieurs années la façon dont des cellules contribuent à la propagation d’un cancer via des métastases, cherchant ainsi des thérapies efficaces pour stopper ce processus. Il faut savoir, notamment, que pour la plupart des décès dus au cancer, les patients succombent non pas à cause de la tumeur du cancer primaire mais de ses proliférations malignes. Les métastases sont ainsi responsables de neuf décès par cancer sur dix. Cette étude ouvre donc des perspectives thérapeutiques intéressantes en termes d’adaptation horaire. La prochaine étape des chercheurs consistera à déterminer comment ces découvertes peuvent être intégrées dans les traitements anticancéreux existants pour optimiser les résultats des thérapies.
Même si les chances de guérison augmentent avec les nouveaux traitements, « le cancer du sein se situe au premier rang des cancers incidents chez la femme, nettement devant le cancer du côlon-rectum et le cancer du poumon, souligne l’institut national du cancer (Inca), avant d’ajouter que « c’est aussi celui qui cause le plus grand nombre de décès chez la femme, avec 14 % des décès féminins par cancer en 2018 ».

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