Une facture de 9 milliards d’euros pour la non-observance des traitements

, par  Delphine Delarue

D’après une étude IMS Health-France-Crip, le coût évitable des complications dues à la mauvaise observance des traitements s’élève en France à 9 milliards d’euros en un an. Seuls 40 % des patients atteints par l’une des six principales pathologies chroniques prennent correctement leurs médicaments.

Si tous les Français souffrant d’hypertension artérielle, d’asthme, de diabète de type 2, d’ostéoporose, d’insuffisance cardiaque ou d’hypercholestérolémie prenaient correctement leur traitement, ce sont près de 9 milliards d’euros qui pourraient être économisés en une seule année. Telle est la conclusion d’une étude menée par IMS Health-France et le Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique (Crip) et publiée le 12 novembre. Des résultats spectaculaires, qui corroborent ceux d’une précédente enquête mondiale selon laquelle plus de la moitié des économies potentielles de santé relevaient de l’observance, soit 269 milliards de dollars pour 186 pays. L’étude française, qui se concentre sur six pathologies chroniques représentant le quart des dépenses de médicaments, a été menée pendant douze mois sur 170 000 patients en initiation de traitement. En partant du principe qu’un patient « non observant » est celui qui suit sont traitement à moins de 80 %, que ce soit dans la durée ou en termes de doses, l’étude révèle que seuls 40 % des malades étudiés prennent correctement leurs médicaments.

Des coûts évitables

« La non-observance entraîne des coûts évitables très importants liés aux complications », indiquent les auteurs. Pour chacune des pathologies étudiées, ces derniers ont calculé uniquement le coût direct de la complication la plus importante : pour l’hypertension artérielle, par exemple, le coût des accidents vasculaires cérébraux (AVC) s’élève à 4,4 milliards d’euros en un an. Celui des maladies coronariennes, induites par le diabète de type 2, atteint quant à lui les 1 463 millions d’euros.
Au-delà des chiffres et des complications les plus graves, la mauvaise observance entraîne aussi une diminution de la qualité de vie des patients. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « l’observance insuffisante est la raison principale pour laquelle les patients ne retirent pas tous les bienfaits qu’ils pourraient attendre de leurs médicaments. Elle entraîne des complications médicales et psychosociales […] et augmente la probabilité de développer des pharmacorésistances. »

Un phénomène multifactoriel

Selon l’étude de l’IMS Health-France, plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : la méconnaissance de la maladie, la sous-estimation des risques et des conséquences, l’absence de symptômes, les effets secondaires, la complexité du traitement ou encore la chronicité de la maladie et la dépression qui lui est souvent associée.

D’après les auteurs, des solutions existent cependant pour inverser la tendance. Il s’agirait par exemple de mieux informer les patients, de former les professionnels de santé à la communication sur l’observance, de développer de nouveaux outils comme les SMS, les e-mails ou l’assistance téléphonique pour rappeler aux patients de prendre leurs médicaments et de mobiliser les associations et l’entourage des malades. Enfin, les auteurs proposent de faire de l’observance une grande cause nationale pour améliorer sa visibilité médiatique.

Source
- « Améliorer l’observance, traiter mieux et moins cher », IMS Health-France et le Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique (Crip), novembre 2014.

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