Fertilité masculine en berne : la faute aux polluants chimiques

, par  Isabelle Coston

Une nouvelle étude enfonce le clou. Les polluants chimiques, omniprésents dans notre quotidien, ont un impact avéré sur la qualité du sperme humain et par conséquent sur la fertilité masculine.

Plastiques, paracétamol, phtalates, retardateurs de flamme... certaines substances chimiques couramment utilisées seraient bien en cause dans la baisse de la fertilité masculine qui est mesurée depuis plusieurs années. Dans une nouvelle étude parue le jeudi 9 juin dans la revue Environment International, des chercheurs britanniques (université Brunel de Londres) et danois (université de Copenhague) ont évalué les risques que faisaient peser les différents composés chimiques présents dans les produits de consommation courante sur la santé reproductive des hommes.

De moins en moins de spermatozoïdes

Cette chute de la fertilité masculine, constatée en particulier dans les pays développés, est causée par une altération du sperme humain. Selon une étude de l’université de New York, citée dans les colonnes du journal Le Monde du 10 juin, la concentration moyenne de spermatozoïdes de l’homme occidental est passée de 99 millions à 47 millions de spermatozoïdes par millilitre entre 1973 et 2011, soit une chute de 50 % à 60 % en moins de quarante ans.

Les substances les plus nocives à la fertilité masculine

Plusieurs facteurs comme le tabagisme, le stress ou l’alimentation sont déjà bien identifiés. Concernant le facteur environnemental, les scientifiques n’avaient plus de doutes non plus, mais encore fallait-il démontrer le rôle des différentes molécules chimiques en cause dans la raréfaction des spermatozoïdes. Les chercheurs britanniques et danois en ont donc étudié vingt-neuf – plastifiants, polluants organiques de l’environnement, pesticides, médicaments, ignifuges, etc. – impliquées dans ce phénomène. En se fondant sur des études européennes de biosurveillance déjà réalisées, puis sur les résultats de prélèvements d’échantillons urinaires effectués sur 98 jeunes Danois, ils ont estimé l’exposition de la population à ces vingt-neuf perturbateurs endocriniens. Le niveau médian d’exposition constaté était presque vingt fois supérieur au seuil de risque. Chez certains individus de l’échantillon, il allait même jusqu’à 100 fois au-delà.

Un inquiétant « effet cocktail » sur la spermatogénèse

Évaluer les risques en fonction du degré d’exposition est une tâche ardue étant donné que l’être humain est exposé à de nombreux composés chimiques et même si ce n’est qu’à faibles doses, ces derniers peuvent avoir un effet combiné. C’est le fameux « effet cocktail » des perturbateurs endocriniens. Particulièrement difficile à déterminer, cette combinaison d’actions de ces produits peut éventuellement intensifier leurs effets individuels. Le mérite de cette étude est d’avoir non seulement pu hiérarchiser ces substances en fonction de leur nocivité sur la santé reproductive des hommes, mais aussi caractériser celles qui contribuaient le plus à l’effet cocktail.

Les plastiques, des reprotoxiques omniprésents

Alors qu’ils s’attendaient à retrouver un effet dominant des phtalates (notamment utilisés pour conférer de la souplesse aux matières plastiques), les chercheurs ont été très surpris de constater le poids déterminant du bisphénol A (que l’on retrouve dans la fabrication d’équipements électroniques, d’emballages alimentaires, de peinture ou encore de vernis). Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, c’est l’omniprésence du plastique qui est en cause.
Autre étonnement des scientifiques, le rôle joué par le paracétamol. Cet antidouleur très largement utilisé serait néfaste pour la fertilité masculine in-utero, c’est-à-dire lorsqu’il serait pris par la femme enceinte. Cette découverte incite donc également à étudier plus avant l’impact de ces molécules sur le développement du fœtus et sur sa fertilité à venir.

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