IVG médicamenteuse : des douleurs fréquentes et sous-estimées

, par  Delphine Delarue

Banalisée par le grand public et le milieu médical, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse n’est pas aussi anodine qu’on pourrait le croire. Selon une étude présentée par la Fondation de l’avenir, une femme sur quatre y ayant recours souffre de fortes douleurs et certaines sont victimes de saignements particulièrement abondants.

Souvent sous-estimée, la douleur ressentie par les femmes qui subissent une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est pourtant bien réelle. Selon une étude* soutenue par la Fondation de l’avenir et pilotée par le centre IVG Clotilde-Vautier de la clinique mutualiste Jules-Verne (Nantes), un quart d’entre elles disent avoir souffert intensément au troisième jour de l’IVG et 83 % affirment avoir pris des antidouleurs pendant cinq jours. « Nous avons observé que les femmes […] pouvaient présenter des intensités de douleur très marquées, ce qui ne semblait pas correspondre à l’idée générale dans le public et le milieu hospitalier, où l’IVG médicamenteuse est perçue comme simple, facile d’accès et rapide », constate le docteur Philippe David, gynécologue-obstétricien, chef de service au centre Clotilde-Vautier. Plusieurs facteurs de risques ont été identifiés dans l’intensité de ces souffrances : des règles habituellement douloureuses, la nulligestité (le fait de ne jamais avoir connu de grossesse) et la dose du premier principe actif prescrit lors du traitement abortif. « Nous avons observé que les femmes ayant reçu une dose de 200 mg de mifépristone avaient des douleurs plus intenses que celles ayant eu une dose de 600 mg », précise Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, chercheur épidémiologiste à l’Inserm.

Manque d’information sur les effets secondaires

Si 92 % des femmes s’estiment satisfaites de l’accompagnement apporté par l’équipe soignante, elles demandent davantage d’information concernant les effets secondaires de l’IVG médicamenteuse : plus d’une sur quatre déclare par exemple s’être inquiétée des saignements provoqués par la prise des médicaments. Or il faut savoir que l’expulsion de l’œuf provoquée par le mifépristone s’accompagne toujours de saignements importants qui rendent difficile une quelconque activité. « L’hémorragie et l’expulsion le deuxième jour, en pleine réunion, a été difficile à gérer », indique une patiente dans les commentaires de l’enquête épidémiologique. Un phénomène particulièrement handicapant, qui conduit les patientes sondées à conseiller aux femmes envisageant l’IVG médicamenteuse de prendre plusieurs jours de congé. D’autant que le traitement est également susceptible de provoquer une très grande fatigue (ressentie par 88 % des femmes interrogées), des nausées (70 %), des vertiges (42 %), des céphalées (42 %), des diarrhées (37 %) et des vomissements (28 %).

57 % des IVG en 2015

L’étude montre également l’importance de la prise en charge des patientes avant, pendant et après l’IVG. « La qualité de cet accompagnement a une incidence subjective sur l’appréhension de la douleur », précise les auteurs. Un personnel peu à l’écoute tend en effet à augmenter le stress des femmes, voire « à les culpabiliser ». « L’IVG est toujours un moment compliqué, dramatique parfois, rappelle le docteur Philippe David. Il faut donc soutenir des unités d’accueil qui soient bienveillantes autour de la femme qui se retrouve dans cette situation. »
Depuis l’autorisation de cette technique, en 1990, la part des IVG médicamenteuses n’a cessé d’augmenter pour atteindre 57 % des interruptions volontaires de grossesse en 2015. « En France, dans les années 2000-2010, la répartition du recours à l’IVG médicamenteuse a été très inégale en fonction des régions. Elle est très importante à Paris, en Ile-de-France, en Paca, en Alsace et dans les régions ultramarines », indique le docteur David. Or « il ne faut pas [la] généraliser […]. Les femmes doivent pouvoir choisir leur méthode d’IVG en fonction de leur vécu, de leur contexte de vie et de ce qu’elles souhaitent », conclut-il.

* Cette étude comprend deux volets : un volet scientifique mené par l’Inserm auprès de 453 femmes dans onze centres d’IVG de France métropolitaine et un volet sociologique conduit par l’université de Nantes dans les centres d’IVG de cette ville.

IVG médicamenteuses : ce qu’il faut savoir Les IVG par voie médicamenteuse sont pratiquées jusqu’à la fin de la cinquième semaine de grossesse (soit sept semaines après le début des dernières règles). Elles peuvent se faire à l’hôpital, dans un centre de planification ou chez le médecin de ville et consistent à prendre deux comprimés. Le premier (mifépristone) est ingéré en présence du médecin lors d’une première consultation. C’est ce médicament qui interrompt la grossesse et favorise les contractions de l’utérus, ainsi que l’ouverture du col. Des saignements peuvent déjà avoir lieu à se stade. Lors de la deuxième consultation, qui intervient entre trente-six et quarante-huit heures après la première, le médecin délivre le second comprimé (misoprostol). La patiente peut le prendre devant le médecin ou une fois de retour chez elle. Le misoprostol augmente les contractions et provoque l’avortement (expulsion de l’œuf) entre quatre et soixante-douze heures après son ingestion. Les saignements sont abondants et s’estompent peu à peu. Ils durent généralement une dizaine de jours. Une troisième consultation doit avoir lieu entre le quatorizième et le vingt et unième jour après la prise de la mifépristone. Son objectif est de vérifier que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complication.

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