Le paradoxe de la désertification médicale

, par  Vanessa Pageot-Françoise

Le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) vient de publier son dernier « Atlas de la démographie médicale », qui relève « un certain nombre de paradoxes » : malgré l’augmentation du nombre de médecins, la désertification médicale perdure dans certaines régions.

Contre la désertification médicale, les pouvoirs publics ont desserré le numerus clausus (nombre de places limité en faculté de médecine) : en dix ans, celui-ci a doublé, atteignant 7 498 places en 2015. Parallèlement, le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) annonce, dans son dernier Atlas de la démographie médicale, qu’« il n’y a jamais eu autant de médecins » en France : 281 087.
Plus de praticiens devrait rimer avec plus d’installations dans les villages ou quartiers « orphelins » de généraliste, mais ce n’est pas le cas. Sur le terrain, les élus se plient en quatre pour les séduire, en vain. La médecine générale n’attire plus : le Cnom compte 58 104 généralistes en 2015, soit une baisse de 10,3 % depuis 2007.

Les médecins ont leur préférence régionale

Les initiatives prises par les élus pour faire venir les professionnels de santé se multiplient : les salarier au sein d’une maison de santé, subventionner leur installation, voire lancer une campagne de « pub » pour vanter les attraits touristiques de la région… Or certains territoires sont toujours « boudés », comme la Picardie ou le Centre, en bas du tableau de la densité médicale (nombre de médecins par habitant), alors que la Provence-Alpes-Côte-d’Azur quant à elle demeure en tête. Et si l’Ile-de-France affiche encore une densité correcte, sa courbe démographique est descendante : c’est la région qui a perdu le plus de praticiens, avec – 6 % entre 2007 et 2015. A l’opposé, le Pays-de-la-Loire enregistre, sur la même période, une hausse de 6 %.

Des jeunes qui se détournent de la médecine

Une autre raison vient accentuer ce paradoxe : 25 % des diplômés des facultés de médecine n’exercent pas leurs fonctions médicales ! Ils pratiquent d’autres professions, « dans le journalisme ou l’administration, par exemple », note le Cnom. Et si les espoirs s’étaient un temps tournés vers l’Europe, avec une augmentation de 42,7 % de praticiens ayant obtenu leur diplôme hors de France, « ces médecins privilégient les territoires à forte densité et ne constituent pas réellement une réponse à la désertification », analyse le Cnom.

Source
- Atlas de la démographie médicale 2015, Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), 16 juin 2015.
- Cartographie interactive de la démographie médicale sur le site Demographie.medecin.fr.

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