Lyme : une maladie parfois grave et pourtant négligée

, par  Delphine Delarue

Due à une bactérie transmise à l’homme par la morsure d’une tique infectée, la maladie de Lyme peut, si elle n’est pas diagnostiquée et traitée à temps par des antibiotiques, donner lieu à des formes particulièrement sévères et invalidantes. Longtemps peu prise au sérieux et considérée comme rare, cette pathologie concernerait en réalité des millions de personnes à travers le monde.

La borréliose de Lyme est une maladie causée par un groupe de bactéries dont la souche la plus connue se nomme Borrelia burgdorferi. Transmise à l’homme par la morsure d’une tique infectée, elle se contracte le plus souvent lors d’une balade en forêt, d’une randonnée ou d’un déjeuner sur l’herbe. Longtemps qualifiée de maladie rare, cette pathologie concernerait en réalité « plus d’un million de personnes en Europe, estime le professeur Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), l’un des rares spécialistes du Lyme en France. Aux Etats-Unis, les autorités ont revu leurs chiffres à la hausse et comptabilisent au moins 300 000 nouveaux cas par an. » En Allemagne, certains spécialistes parlent de deux millions de personnes touchées. De son côté, France Lyme annonce plus de 650 000 malades dans l’Hexagone… Selon l’association de patients et plusieurs scientifiques, les critères retenus pour valider les cas seraient trop restrictifs et ne permettraient pas d’obtenir la bonne estimation.

Erythème migrant

« Les premiers symptômes de la maladie peuvent apparaître quelques jours après la morsure sous la forme d’un érythème migrant, mais ce n’est pas systématique », explique le professeur Perronne. Le plus souvent, cette rougeur sous forme de cocarde va grossir, puis disparaître (elle peut aussi persister longtemps). L’érythème peut brûler, démanger ou ne pas être douloureux du tout. C’est le seul signe clinique spécifique qui montre que l’on a été infecté par la bactérie. « A ce moment-là, il faut impérativement traiter, ajoute le professeur. Comme le recommande la conférence de consensus, le médecin doit prescrire des antibiotiques sans attendre, pendant deux à trois semaines, et sans demander de sérologie. A ce stade, le test de dépistage, qui n’est d’ailleurs pas très sensible, ne sert à rien. »
Un tel traitement réduit considérablement le risque de développer les formes sévères de la maladie. Cela dépend aussi beaucoup du terrain génétique et de la qualité du système immunitaire des personnes infectées. Certaines auront des formes bénignes (articulations douloureuses, fatigue), feront parfois des rechutes, mais parviendront à contrôler la maladie. D’autres seront plus gravement touchées par les stades secondaire, puis tertiaire, qui évolueront en quelques mois ou en plusieurs années. La maladie de Lyme se manifestera alors par des formes particulièrement invalidantes avec des maux de tête terribles, des problèmes ophtalmologiques, des troubles cardiaques, des paralysies, des méningites… La multitude de symptômes associés à ces pathologies rend donc le diagnostic très difficile, surtout dans les cas où la maladie n’est pas identifiée dès le départ par un érythème migrant. Certains patients se retrouvent alors à errer d’un service à l’autre, parfois pendant des années, avant d’être pris en charge.

Antibiothérapie au long cours

« Actuellement, la seule façon de soigner ces malades consiste à mettre en place une antibiothérapie sur le long cours associée à des antiparasitaires, indique le professeur Perronne. La durée du traitement varie, en fonction des personnes, de quelques semaines à plusieurs mois. Il y a aussi des méthodes naturelles, comme la phytothérapie, qui aide beaucoup les patients en réduisant les risques de rechute. » Vérifiée sur le terrain, l’antibiothérapie prolongée n’est toutefois pas approuvée par les autorités sanitaires, qui entendent au contraire limiter les prescriptions pour lutter contre la résistance bactérienne. Les médecins qui pratiquent ces méthodes s’exposent donc à des poursuites. « C’est totalement ubuesque, s’indigne le professeur, d’autant que, si l’on y mettait les moyens, on pourrait très bien développer de nouveaux traitements, et pas forcément antibiotiques. » Cette absence de volonté s’est également traduite l’an passé par le rejet par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi destinée à mieux prendre en charge la maladie. Malgré cela, le professeur se veut confiant : « De plus en plus de malades témoignent et les politiques commencent à prendre conscience du problème. Ça va bouger. Il le faut. »

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