Ces substances chimiques suspectées de nuire à la santé des Français

, par  Delphine Delarue

En cette période de rentrée, traditionnellement faste pour les achats en tout genre, « 60 Millions de consommateurs » et l’UFC-Que choisir publient chacun une liste de produits de grande consommation contenant des substances chimiques préoccupantes ou dangereuses pour la santé. Des cosmétiques aux produits ménagers en passant par la droguerie ou l’alimentation, ces listes, par leur longueur, font froid dans le dos.

Bisphénol A (BPA), parabens, phénoxyéthanol, méthylisothiazolinone (MIT)…, ces substances chimiques suspectées ou avérées dangereuses pour la santé ont envahi notre quotidien par leur présence dans de très nombreux produits de grande consommation. C’est ce que montrent deux enquêtes publiées récemment, l’une par 60 Millions de consommateurs, le magazine de l’Institut national de la consommation, et l’autre par l’association UFC-Que choisir. La première décortique la composition d’une centaine d’articles de grande distribution. Au rayon des cosmétiques par exemple, l’institut met en garde contre les parabens, le tricoslan et le phénoxyéthanol, des conservateurs dont on ne connaît pas précisément les effets à long terme. Bien que, selon les autorités sanitaires européennes, les concentrations autorisées de ces substances dans les produits de grande distribution ne posent pas de problème sanitaire, le danger réside dans l’effet cocktail induit par la consommation accumulée de tout un tas d’articles.

Effet cocktail

Parmi les parabens par exemple, certains comme les butyl et propylparabens, susceptibles de modifier le fonctionnement de notre système hormonal, sont présents dans les lingettes bébé Top budget baby, les dentifrices Tom et Jerry ou Carrefour kids, le fond de teint Accord parfait de l’Oréal Paris ou encore la crème nourrissante pour le corps Soie de Dove. Autre exemple avec le triclosan, un agent bactérien dont l’utilisation répétée pourrait favoriser la résistance aux antibiotiques et que l’on trouve à la fois dans la mousse à raser pour hommes d’Avène ou le dentifrice Total blancheur de Colgate. Quant au phénoxyéthanol, suspecté d’entraîner des effets sur la reproduction humaine et d’être toxique pour le sang et le foie, on en trouve dans plusieurs marques de lingettes pour le siège des bébés : les lingettes Petites fesses Disney Carrefour kids ou encore les lingettes ultra-fraîches à l’eau de Mixa bébé. Et en matière d’alimentation, gare au colorant Caramel E150D, un cancérigène possible selon le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), présent dans les Carambar, le Coca-Cola, le vinaigre balsamique Modène ou les soupes Maggi.

Des industriels peu respectueux de leurs obligations

Et la liste s’allonge davantage avec l’enquête de l’UFC-Que choisir qui alerte sur la présence de « substances préoccupantes » dans neuf produits de grande consommation distribués en France. Si les substances incriminées sont encore autorisées, elles doivent faire l’objet d’une prochaine évaluation de la part des autorités sanitaires européennes et risquent à terme d’être interdites dans le cadre de la réglementation REACH 2. « Nous avons par exemple retrouvé dans le revêtement plastique de la sacoche d’ordinateur portable Urban Factory pas moins de quatre substances préoccupantes différentes : trois phtalates et un retardateur de flamme », précise l’association dans un communiqué. Et selon l’UFC, aucun des étiquetages des produits pointés du doigt n’en mentionne la présence, alors que les industriels en ont l’obligation. Pire encore : l’association a également retrouvé dans le bavoir pour enfant en PVC de la marque U un retardateur de flamme chloré (SCCP) désormais interdit.

Consultation publique sur les perturbateurs endocriniens

Bref, si à la lecture de ces résultats il devient bien difficile de ne pas céder à la panique, le consommateur peut tout de même se rassurer, en restant cependant vigilant, dans la mesure où les autorités semblent avoir pris la mesure du problème : alors que le bisphénol A, un perturbateur endocrinien (PE) avéré, doit être proscrit de tous les contenants alimentaires en 2015 dans notre pays, le ministère de la Santé vient de lancer une consultation publique sur Internet dans le cadre de l’élaboration de sa stratégie nationale de lutte contre les perturbateurs endocriniens. En se rendant sur le site Consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr, chacun peut se renseigner sur ces questions et déposer sa contribution jusqu’au 20 septembre. Un second pas vers une meilleure protection des consommateurs ?

Source
- « Perturbateurs endocriniens : lancement de la consultation publique », communiqué du ministère de la Santé, 2 septembre 2013.
- « Substances préoccupantes : la vérité est cachée aux consommateurs », communiqué de l’UFC-Que choisir, 27 août 2013.
- « Chassez les molécules toxiques », dossier 60 Millions de consommateurs, septembre 2013.

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