Cancérologie : les dernières avancées de la recherche

Cancérologie : les dernières avancées de la recherche

Très redouté, le cancer représente en France la première cause de décès chez l’homme et la deuxième chez la femme. Mais la mortalité liée à cette maladie diminue en raison de diagnostics plus précoces et de traitements plus efficaces. En effet, la recherche a fait des pas de géant ces dernières années comme nous le détaille le Dr Benjamin Verret, cancérologue à l’Institut Gustave Roussy.

Les chercheurs savent désormais qu’il n’existe pas un cancer par organe mais une multitude de sous-types qui peuvent être identifiés à l’aide de certains biomarqueurs. 

Un biomarqueur est une caractéristique qui donne des indications concernant un processus biologique normal ou lié à une maladie, et la façon dont le corps réagit à un traitement. Cette caractéristique peut être clinique comme l’âge, le sexe ou l’IMC (indice de masse corporelle), biologique, radiologique ou liée à la tumeur elle-même. Les biomarqueurs peuvent être pronostiques et prédictifs. Pronostiques, ils permettent de prévoir l’évolution de la maladie avant de mettre en place un traitement, d’identifier les personnes à risque de récidive et de détecter les tumeurs agressives. Prédictifs, ils sont alors utilisés pour anticiper l’efficacité d’un traitement. Un exemple bien connu est le biomarqueur PSA dont le dosage sanguin permet, chez les hommes ayant un cancer de la prostate, soit de détecter une évolution métastatique, soit d’évaluer la réponse au traitement par radiothérapie ciblée. 

Imagerie : l’apport de l’intelligence artificielle

En cancérologie, l’imagerie médicale occupe une place essentielle concernant le dépistage, le diagnostic, le bilan d’extension de la maladie et le suivi du traitement. Il existe de nombreux examens utilisés comme la tomodensitométrie (TDM), l’échographie, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou encore la tomographie par émission de positons (TEP). Ces examens fournissent des informations très utiles mais leurs images sont encore sous-exploitées. En effet, l’analyse des images est le plus souvent visuelle et donc variable. Ces dernières années, grâce à la numérisation des images médicales et à des algorithmes, l’intelligence artificielle (IA) a permis de faire des progrès notables dans ce domaine. Les algorithmes d’IA permettent en effet obtenir des images plus précises car non visibles à l’œil humain et de meilleure qualité, tout en réduisant les doses de rayonnement ionisant reçues par les patients pour des examens comme la tomodensitométrie ou la tomographie par émission de positons. 

Des traitements de radiothérapie plus performants

La radiothérapie utilise les radiations pour détruire les cellules cancéreuses et les empêcher de se multiplier tout en épargnant au maximum les tissus sains autour de la tumeur. La radiothérapie externe avec modulation d’intensité est la technique la plus utilisée et est beaucoup plus efficace qu’auparavant, comme le confirme le Dr Benjamin Verret. « Il y a 30 ou 40 ans pour irradier une zone du corps, on positionnait la zone du corps à traiter sous l’accélérateur de particules avec une précision plus ou moins fine. De nos jours, on réalise des scanners préthérapeutiques pour bien identifier la zone à irradier et les organes à protéger », explique-t-il.

Autre technique intéressante, la radiothérapie flash. Elle consiste à délivrer la même quantité d’énergie à la tumeur en une fraction de seconde, contrairement à la radiothérapie classique, qui la délivre en plusieurs séances de quelques minutes. 

La radiothérapie flash permet donc de limiter les effets de la radiothérapie conventionnelle : elle réduit de 30 à 40 % les dommages, préserve mieux les tissus sains et a moins d’effets secondaires. Plusieurs projets visant à créer des machines de radiothérapie flash sont actuellement en cours.

Avec la protonthérapie : des tissus sains mieux préservés

La protonthérapie est une technique d’irradiation qui utilise des faisceaux de protons et non de photons comme la radiothérapie classique. Ces particules ne libèrent leur dose maximale d’irradiation que lorsqu’elles atteignent une certaine profondeur dans le corps et ensuite cessent de le faire contrairement aux photons. Par conséquent, une quantité limitée de la dose de rayonnement atteint également les tissus sains situés à côté de la tumeur. « La protonthérapie reste réservée à quelques centres. L’idée est d’utiliser des particules à plus haute énergie et donc d’avoir des traitements encore plus puissants. Elle est réservée à des sous-types de tumeurs localisées très radiosensibles et est envisagée au cas par cas », indique le spécialiste. Enfin, dernière méthode de radiothérapie prometteuse, la radiothérapie interne vectorisée. Elle consiste à administrer les rayons grâce à un médicament porteur d’un élément radioactif administré le plus souvent par voie veineuse. 

Des médicaments de ce type sont développés depuis la fin des années 2000 avec des atomes radioactifs comme l’iode 131, le radium 223 et plus récemment le lutétium 177. Ces atomes radioactifs sont couplés à des molécules de nature diverse comme des peptides ou des anticorps dirigés contre des tumeurs d’origine variée (radio-immunothérapie). « La radiothérapie interne vectorisée concerne des technologies de plus en plus utilisées mais qui nécessitent un plateau technique, la plupart du temps, de radiologie interventionnelle assez complexe. L’objectif est encore de réaliser des doses un peu plus fortes mais localisées pour diminuer les effets secondaires sur les organes adjacents », explique le Dr Verret.

Thérapies ciblées et médecine de précision

Les thérapies ciblées permettent d’agir sur « certaines fonctions dérégulées de la cellule cancéreuse », précise le Dr Verret. « Quand elles sont prescrites à bon escient et avec des cibles définies, elles sont plus efficaces que la chimiothérapie classique mais cette dernière garde son efficacité et son indication dans certains types de cancers ». Ainsi, une forme de thérapie ciblée consiste à utiliser des petites molécules comme des peptides qui jouent un rôle de leurre conçu pour adhérer à un point de contact et bloquer des récepteurs spécifiques impliqués dans le développement de certains cancers. « Il y a des exemples classiques de thérapies ciblées très efficaces comme les anticorps anti-HER2 qui sont des médicaments assez peu toxiques et qu’on manie assez bien », explique le Dr Verret. Connus pour leur implication dans le cancer du sein, les récepteurs HER2 se trouvent en plus grand nombre chez certaines femmes et contribuent à la progression de la maladie. Autre piste intéressante, les anticorps monoclonaux qui sont une forme d’immunothérapie « qui consiste à réveiller notre système immunitaire contre les cellules cancéreuses qui peuvent lui échapper par différents mécanismes », détaille l’oncologue. Les anticorps monoclonaux sont des molécules capables de reconnaître des « cibles » dans l’organisme. Ils sont fabriqués en laboratoire et ont pour objectif d’activer ou de stimuler le système immunitaire. Ces anticorps sont ensuite administrés au patient pour soutenir ses propres défenses. Plusieurs sortes d’anticorps monoclonaux sont utilisées pour se fixer sur des récepteurs spécifiques présents à la surface des cellules tumorales et inhiber leur activité. 

Quel avenir pour les CAR-T cells, lymphocytes génétiquement modifiés ?

Le traitement par CAR-T cells fait, lui aussi, partie des traitements en plein développement. Les cellules CAR-T sont des lymphocytes T modifiés génétiquement dans le but de reconnaître puis de détruire les cellules cancéreuses.

La production de ces cellules commence par le prélèvement des lymphocytes T du patient qui subissent une modification génétique artificielle basée sur la production de « récepteurs antigéniques chimériques » (CAR pour Chimeric Antigen Receptor) à la surface des lymphocytes T. Elles sont ensuite multipliées puis administrées au malade. Une fois dans son organisme, elles vont cibler les cellules tumorales de manière spécifique grâce au récepteur CAR, puis les éliminer. 

« Les CAR-T cells sont surtout indiqués en hématologie pour traiter des lymphomes agressifs et réfractaires aux premières lignes de traitement standard. Ils sont efficaces de façon remarquable et des malades ont pu être guéris et de façon durable alors que leur cancer était de très mauvais pronostic. Ils ont cependant un coût très élevé, ne portent que sur une petite proportion de patients et ne sont utilisés que dans des services experts », témoigne le Dr Verret qui reste cependant très optimiste concernant les progrès thérapeutiques des années à venir. ■

© C i E M / Dossier réalisé par Violaine Chatal


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