Depuis l’Antiquité, les sages-femmes accompagnent les femmes dans leur vie intime, les grossesses, les accouchements et leurs suites. Leur histoire, faite d’adaptation aux évolutions de la société et de luttes pour la reconnaissance de leurs savoirs, reflète celle des femmes et de la médecine.
Antiquité : des praticiennes respectées
Dès l’Antiquité, celles que l’on appellera plus tard les sages-femmes jouent un rôle central dans l’accompagnement des naissances et dans la santé féminine en général. En Grèce, elles bénéficient d’un prestige particulier et sont les seules autorisées à examiner les femmes. À Rome, les obstetricie medicaesont des praticiennes respectées, sollicitées pour leur expertise en obstétrique et en médecine légale.
Au IIe siècle, le médecin gréco-romain Soranos d’Éphèse décrit, dans son Traité des maladies des femmes, la sage-femme idéale. Elle est tenue d’être robuste physiquement, vive d’esprit et honnête. Elle doit cependant rester sous la supervision du médecin en cas de complications.
Moyen Âge : les matrones au chevet des femmes
Les matrones sont les figures centrales de l’accompagnement pendant la grossesse, l’accouchement et les soins postnataux durant cette période. Elles jouent aussi un rôle de confidentes et de conseillères auprès des femmes. Leur savoir est souvent acquis par l’expérience et transmis oralement.
Les matrones jouissent d’autonomie, bien que leur pratique soit parfois observée avec méfiance par l’Église ou les autorités médicales émergentes, qui y voient des concurrentes ou des détentrices de savoirs « populaires » difficilement contrôlables.
XVIIe siècle : Louise Bourgeois, auteure d’un livre d’obstétrique
Louise Bourgeois est la sage-femme de la reine Marie de Médicis. Elle est connue pour avoir donné naissance au futur Louis XIII mais, surtout, pour avoir rédigé un livre d’obstétrique. En 1609, elle publie ainsi Observations diverses sur la stérilité, perte de fruits, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveau-nés. Cetouvrage intègre pour la première fois des données d’anatomie et des conseils pratiques pour les accouchements.
XVIIIe siècle : Angélique du Coudray diffuse les bons gestes
Angélique Marguerite du Coudray, une sage-femme française, révolutionne la formation des accoucheuses. Formée à l’Hôtel-Dieu de Paris, elle sillonne la France pendant environ vingt-cinq ans pour enseigner les techniques d’accouchement aux matrones de campagne, souvent peu formées. Pour cela, elle crée des mannequins obstétricaux en tissu. L’un, conçu avec un véritable os de bassin, représente une femme, l’autre évoque un nouveau-né avec son cordon ombilical. Tous deux lui permettent de simuler différents scénarios d’accouchement.
1803 : la reconnaissance du métier
La loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803) définit la profession de sage-femme et les modalités de la formation. Elle précise : « Outre l’instruction donnée dans les écoles de médecine, il sera établi dans l’hospice le plus fréquenté de chaque département, un cours annuel et gratuit d’accouchement théorique et pratique, destiné particulièrement à l’instruction des sages-femmes. »Les élèves doivent avoir suivi au moins deux de ces cours et s’exercer pendant plusieurs mois pour pouvoir se présenter à l’examen et tenter d’obtenir leur diplôme.
1945 : création de l’Ordre des sages-femmes
L’ordonnance du 24 septembre 1945 du Général de Gaulle instaure l’Ordre des sages-femmes. Celui-ci est alors présidé par un médecin gynécologue-obstétricien. Ce n’est qu’à partir de 1995 qu’une sage-femme pourra enfin prendre sa présidence.
Le code de déontologie, qui détaille les droits et les devoirs applicables à la profession, est, quant à lui, établi par le décret du 30 septembre 1949.
Années 1950 : de l’accouchement au domicile à l’hôpital
Le milieu du XXe siècle est marqué par de profonds changements dans les pratiques, qui deviennent plus standardisées et techniques. En cause : le déclin de l’accouchement à domicile au profit de l’hôpital et une médicalisation accrue.
1982 : les hommes accèdent à la profession
Avec la loi du 19 mai 1982, la profession s’ouvre aux hommes. Toutefois, ils demeurent largement minoritaires (lire encadré).
2009 :suivi gynécologique et contraception
La loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) du 21 juillet 2009, élargit les compétences des sages-femmes. Elles ont dorénavant la possibilité de réaliser le suivi gynécologique de prévention ainsi que des consultations de contraception, « sous réserve que la sage-femme adresse la femme à un médecin en cas de situation pathologique », précise le texte.
2013 : l’expérimentation des maisons de naissance
La loi du 6 décembre 2013 lance l’expérimentation des maisons de naissance. Ce sont des structures autonomes, adossées à des établissements de santé, qui sont sous la responsabilité des sages-femmes. Elles proposent une approche et un suivi personnalisé de la grossesse et de l’accouchement. Seules les femmes enceintes à bas risque y sont prises en charge. À l’issue de plusieurs années de test, les maisons de naissances sont pérennisées par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2022.
2016 : IVG médicamenteuse
La loi de modernisation de notre système de santé, du 26 janvier 2016, autorise les sages-femmes à pratiquer les interruptions volontaires de grossesse (IVG) par voie médicamenteuse, à prescrire des substituts nicotiniques et à vacciner l’entourage de la femme enceinte.
2021: vacciner et prescrire
La loi du 26 avril 2021 permet dorénavant aux professionnelles de pratiquer la vaccination sur tous les publics ou encore de proposer un dépistage d’infection sexuellement transmissible (IST) et son traitement aux patientes et à leurs partenaires.
Le texte donne aussi la possibilité aux femmes enceintes de déclarer à l’Assurance maladie une sage-femme référente. Le but étant de favoriser la coordination des soins, en lien avec le médecin traitant.
2023-2024 : IVG instrumentale
Depuis les décrets du 16 décembre 2023 et du 23 avril 2024, les sages-femmes ont le droit d’effectuer une IVG instrumentale en établissement de santé, après avoir suivi une formation théorique et pratique. Depuis la rentrée 2024, les nouveaux étudiants doivent désormais effectuer six ans d’études.
Benoît Saint-Sever
En chiffres
Au 1er janvier 2025, 25 800 sages-femmes sont en exercices, un nombre en croissance constante ces dernières années : + 1,4 % en un an ; + 31,8 % par rapport au 1er janvier 2012. La profession est essentiellement féminine (97 %) et plutôt jeune (40,9 ans en moyenne). Les sages-femmes exercent majoritairement à l’hôpital (54 %). Elles sont de plus en plus nombreuses à choisir un exercice exclusivement libéral (26 % en 2025, contre 15 % en 2012) ou mixte (10 % versus 5 %).
Source : La démographie des professionnels de santé depuis 2012, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 28 juillet 2025.
Sources : « La petite histoire des sages-femmes », extrait de l’émission La maison des maternelles sur France.tv ; « À la découverte du métier de sages-femmes dans l’histoire », podcast des étudiantes en maïeutique de l’université de Brest ; L’École des sages-femmes, de Nathalie Sage Pranchère, Presses universitaires François-Rabelais, 420 pages, 24 euros ;
Ordre-sages-femmes.fr, le site du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes ; « Responsabilités féminines : sages-femmes, nourrices et mères chez quelques médecins de l’Antiquité et de la Renaissance », de Dina Bacalexi, Gesnerus, 2005.
