La stomatophobie, ou odontophobie, désigne la peur panique des soins dentaires au point de ne plus se faire soigner. Cette phobie a de graves conséquences sur la santé des dents et même sur l’état général. Il existe plusieurs solutions pour la surmonter.
Loin d’être une simple inquiétude à l’idée d’aller chez le dentiste, « il s’agit d’une peur irrationnelle du dentiste, du cabinet dentaire et d’un soin particulier, comme l’injection d’anesthésiant, ou de l’ensemble des soins », explique le Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste, vice-président et porte-parole national de l’Union française pour la santé buccodentaire (UFSBD). La stomatophobie se traduit par une impossibilité à se rendre chez le chirurgien-dentiste et par des symptômes physiques à l’approche du rendez-vous au cabinet dentaire : insomnies, palpitations, sueurs, tremblements, nausées, sensations d’étouffement, voire même attaques de panique. Il s’agit d’une des phobies les plus fréquentes.
De réelles conséquences
La phobie du dentiste entraîne une absence de soins chez les personnes qui en souffrent. « Il en découle des caries qui ne sont pas prises en charge avec un risque d’avoir des douleurs extrêmes, voire des abcès au niveau gingival et un déchaussement dentaire lié à une parodontite à cause de l’absence d’élimination du tartre », décrit le chirurgien-dentiste. Les douleurs entraînent aussi des difficultés à se nourrir, susceptibles de conduire à une dénutrition. « La présence de maladies gingivales et dentaires peut avoir une incidence sur l’état de santé général et dégrader un état de santé déjà affaibli par une maladie chronique », ajoute le Dr Lequart. La mauvaise santé buccodentaire a également des conséquences au niveau de l’estime de soi, ce qui peut aussi potentiellement avoir des incidences sur la vie sociale ainsi que sur l’emploi.
Quelles sont les solutions proposées ?
Le traitement de cette phobie dentaire passe par une thérapie avec un psychologue ou un psychiatre. Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) ont fait la preuve de leur efficacité pour prendre en charge les phobies et les troubles anxieux. Les chirurgiens-dentistes ont également des moyens d’aider les personnes souffrant de stomatophobie. « Nous avons la possibilité de prescrire des médicaments anxiolytiques qui vont diminuer la charge émotionnelle et nous permettre de prendre en charge le patient phobique plus facilement », informe le médecin.
Il ajoute que la réalisation systématique d’une anesthésie locale a également un intérêt car elle permet de supprimer toute sensation douloureuse, la peur d’avoir mal étant souvent un élément en cause dans cette phobie. Il existe aussi la possibilité, si l’équipe soignante est formée, d’utiliser l’hypnose. Le chirurgien-dentiste détaille : « Il s’agit d’une hypnose conversationnelle. Par la parole, le praticien ou son assistante entretient l’état d’hypnose dans lequel la personne va se projeter pendant les soins, dans un univers où elle sera la plus détendue possible.» Dans les cabinets dentaires équipés, avec là encore une équipe formée, l’utilisation du MEOPA (mélange de protoxyde d’azote et d’oxygène) peut être proposée. « Cette sédation consciente décontracte le patient », selon le Dr Lequart. Cependant, cela entraîne un surcoût important non pris en charge par l’Assurance maladie. Notre expert précise, qu’en dernier recours, les soins dentaires peuvent être effectués sous anesthésie générale : « Nous travaillons sous anesthésie générale seulement chez des personnes ayant beaucoup de soins à effectuer ou des soins lourds (extractions, dévitalisations). »
Anne-Sophie Glover-Bondeau