Contre les cystites à répétition, où en est la vaccination ? Aujourd’hui, des stratégies dites immunoactives sont développées. Plusieurs sont disponibles dans certains pays, mais pas en France, et d’autres sont en cours d’évaluation. Elles reposent toutes sur la bactérie la plus fréquemment impliquée : Escherichia coli. Le point sur cette alternative potentielle à la prévention par les antibiotiques – stratégie actuellement en vigueur.
La récidive de la cystite – infection urinaire – est possible et même fréquente. Une femme sur dix souffre chaque année d’une cystite : 20 % d’entre elles présenteront un nouvel épisode et 30 % de ces dernières en connaîtront encore un autre. La définition des cystites récidivantes selon la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et l’Association française d’urologie (AFU) retient quatre épisodes infectieux sur douze mois. Quoi de mieux pour ces femmes qu’un vaccin pour prévenir ces infections très invalidantes ? « En tant qu’infectiologue, l’envie d’utiliser des stratégies alternatives aux antibiotiques est forte, notamment dans une maladie aussi fréquente », lançait le docteur Ruxandra Calin (service de maladies infectieuses et tropicales, Hôpital Tenon, Paris) lors du dernier congrès de l’association française d’urologie (CFA, novembre 2025). Mais ces solutions ne sont pas encore prescrites en France, soit parce qu’elles ne sont pas disponibles dans notre pays ou qu’elles doivent encore faire leurs preuves.
Stimuler le système immunitaire
Les prophylaxies immunoactives utilisées dans les cystites récidivantes reposent sur un principe simple : stimuler le système immunitaire pour qu’il réagisse plus efficacement face aux bactéries responsables des infections urinaires. Il en existe plusieurs. Certaines formulations sont administrées par voie orale, sous forme de gélule quotidienne pendant environ trois mois. D’autres produits se présentent sous forme d’ovules ou de spray sublingual, pour une durée identique. D’autres approches sont en développement, en injection intramusculaire ou sous forme injectable. Dans l’ensemble, ces traitements reposent sur des bactéries inactivées ou leurs fragments, avec l’objectif de réduire la fréquence des récidives sans recourir aux antibiotiques en prévention.
Mais pour la majorité de ces produits, déjà commercialisés dans certains pays, les instances sanitaires européennes et françaises notamment, sont à ce stade très réservées. Les recommandations qui prévalent, celles de l’European Association of Urology (EAU- 2025), indiquent que les preuves disponibles en faveur de leur efficacité restent limitées à court terme chez la femme adulte et émettent une recommandation « faible » pour leur emploi. Dans ce contexte, l’utilisation de ces traitements est surtout envisagée dans le cadre d’essais cliniques bien encadrés.
La recherche continue
À ce jour, aucun essai clinique randomisé n’a démontré la supériorité de ces agents immunomodulateurs par rapport aux antibiotiques utilisés en prophylaxie des cystites récidivantes. Les données disponibles reposent surtout sur des observations in vivo chez l’animal et in vitro (dans les tubes à essai), sans preuve robuste et reproductible d’un bénéfice clinique supérieur. Dans cette perspective, ces travaux doivent être poursuivis en parallèle de recherches fondamentales visant à mieux comprendre les mécanismes d’action de ces produits. Affaire à suivre.
Hélène Joubert
