Les réseaux sociaux voient fleurir les défis consistant à consommer des aliments ultrapimentés. Mais derrière ces vidéos virales se cachent des risques sanitaires bien réels, parfois graves.
Ils toussent, ont le visage rougi, les larmes aux yeux… Sur les réseaux sociaux, les internautes sont de plus en plus nombreux à consommer, devant la caméra, des snacks ou des sauces pimentés à l’extrême et à se défier. Mais « Jouer à manger très pimenté, ça peut faire mal », prévient l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans son Bulletin des vigilances de juillet 2026.
La capsaïcine : une substance piquante
C’est la capsaïcine qui est à l’origine du goût piquant des piments. Cette molécule naturelle provoque aussi cette sensation de brûlure si caractéristique. Une fois ingérée, elle active des récepteurs nerveux qui envoient au cerveau un signal de chaleur intense, alors qu’aucune augmentation réelle de température n’a lieu. Cela a pour conséquence d’engendrer rougeurs, sudation, larmoiements et sécrétions nasales abondantes. « L’effet de chaleur et de douleur s’estompe après une vingtaine de minutes, à mesure que la capsaïcine cesse de se lier aux récepteurs », précisent les auteures de l’article de l’Anses.
Mais à haute dose, les conséquences deviennent bien plus gênantes. Douleurs, brûlures digestives, nausées, vomissements, diarrhées, sont rapportés. Et ce n’est pas tout. La capsaïcine peut également être à l’origine d’une hypertension artérielle, de palpitations, voire d’une perte de connaissance.
Par ailleurs, les risques ne se limitent pas à l’ingestion. Un érythème (rougeur de la peau) peut apparaître après une simple exposition cutanée à des produits très pimentés. Un contact oculaire est, quant à lui, à même de provoquer des irritations sévères, des larmoiements ou une inflammation de la cornée. Les aérosols à base de capsaïcine, comme les bombes lacrymogènes, peuvent, eux, entraîner des troubles respiratoires sévères.
Un phénomène mondial
Tous ces impacts, potentiellement graves, n’inquiètent pas qu’en France. Les défis autour des produits pimentés ont en effet pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux à travers le monde. Le phénomène a notamment été popularisé par l’émission américaine Hot Ones, qui a été adaptée en France. Son concept : une personnalité est interviewée tout en mangeant du poulet agrémenté de sauces de plus en plus pimentées.
Cette mode a eu pour conséquence la survenue de plusieurs accidents. En 2023, un Américain de 14 ans, atteint d’une légère malformation cardiaque, est ainsi décédé d’un arrêt cardioventilatoire. Il participait alors au « One Chip Challenge » qui consistait à ingérer une chips extrêmement pimentée, sans boire ni manger.
En Europe, la version locale de ce défi, le « Hot Chip Challenge », a conduit à l’hospitalisation d’un enfant en Allemagne. La dangerosité du produit en cause a été signalée via le Rapid Alert System for Food and Feed (RASFF), le système d’alerte relatif aux denrées agroalimentaires dans l’Union européenne. En France, les autorités ont ainsi pu rappeler tous les lots de ces chips.
124 intoxications signalées en quatre ans
Dans l’Hexagone, les centres antipoison ont enregistré 124 cas d’intoxication liés à la consommation de produits pimentés entre 2021 et 2025. Les personnes touchées sont en moyenne âgées de 18 ans. Les adolescents de 10 à 15 ans représentent, de plus, 34 % des intoxiqués. Les hommes sont aussi plus souvent concernés que les femmes (57 % contre 39 % ; 4 % non renseigné). Dans plus d’un tiers des cas, les intoxications sont survenues au cours de défis.
Les symptômes les plus fréquents incluent des douleurs épigastriques, oropharyngées ou abdominales, des irritations buccales ou des vomissements. Si la plupart des cas restent bénins, une intoxication de gravité modérée a été recensée. Une femme de 28 ans a développé un œdème de Quincke – un gonflement du visage et de la gorge (lire aussi notre article) – après avoir avalé une chips pimentée.
Consommer des produits pimentés avec prudence
Avec la multiplication des alertes, la Commission européenne a saisi l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Celle-ci devra évaluer les risques aigus et chroniques pour la santé humaine de la consommation de la capsaïcine. Les résultats sont attendus pour la fin de l’année 2027. Ils devraient permettre de renforcer la réglementation sur les produits alimentaires très pimentés.
Dans l’intervalle, l’Anses recommande de ne pas prendre part à ces activités extrêmes. « Un simple “jeu” peut se transformer en urgence médicale ; parler avec son adolescent des risques liés à ces défis peut éviter une intoxication », insistent les auteures.
Pour consommer des produits pimentés en toute sécurité, il est conseillé de bien lire les avertissements sur les étiquettes et de conserver ces aliments hors de portée des enfants. Le port de gants, lors de la manipulation de piments, est indispensable pour se protéger des irritations cutanées.
Il faut également savoir que les produits laitiers (lait, yaourt, crème glacée…) et les aliments riches en amidon (pain, pomme de terre, riz…) permettent de réduire la sensation de brûlure.
Enfin, si la douleur persiste ou s’aggrave, mieux vaut consulter un médecin ou contacter le Centre antipoison (coordonnées sur centres-antipoison.net). Face à un œdème ou à des difficultés à respirer, il faut immédiatement appeler les secours : le 15 (Samu), le 112 (numéro d’urgence européen) ou le 114 (pour les personnes malentendantes).
